Depuis longtemps, Livia Deville a peint et photographié. Et il y a maintenant un certain temps que sa production artistique oscille entre peinture et photographie. Elle mène les deux activités et, sans cesse les articule, les mèle et les entrecroise sans jamais renoncer à l'une pour l'autre. C'est que pour elle, la photographie sert la peinture et inversement. L'approche de l'espace urbain par Livia Deville s'effectue le plus souvent, non de manière frontale mais par le truchement des vitres et des surfaces de métal qui revêtent les façades des bâtiments de nos jours. Pourquoi ? Parce que, espaces vivants qui offrent un spectacle visuel en continuel mouvement, ces plans réfléchissants, font que s'emboîtent réalité et image : habillant une réalité architecturale, ils captent son entourage en le transfigurant en images complexes, réfractions optiques où s'enchevètrent d'infinis réseaux. C'est à partir de cette perception du paysage de la ville, ce phénomène, donc, où la réalité s'enchasse dans l'image et l'image dans la réalité, que débute l'élaboration de ses œuvres qui se présentent soit comme pièce unitaire soit comme polyptiques. Au sein de ces carrés de peinture ou de montages photographiques, Livia Deville opère délibérément des trouées plastiques qui perturbent les réseaux de divers éléments formels qui les parcourent. Ces trouées apparaissent comme autant de miroirs qui ne visent rien moins que le spectateur qui les contemple ; ils sont autant d'yeux (Livia Deville en parle en terme de vision interne, d'entrée à l'intérieur, d'une géographie mentale faite de corps et d'espaces). Autant d'yeux qui le regardent et qui le renvoient à lui même, ouvrent en lui, si l'on peut dire, des trouées d'interrogation sur sa position dans ce monde foisonnant d'itinéraires plastiques. Comment se voit-il, comment prend t-il ses repères mentaux et physiques dans ces réseaux labyrinthiques de la ville photographiée/peinte, ce tissu où s'entrecroisent continuellement réalités et images.

Mohamed RACHDI1997